La thérapie par anticorps anti-VIH associée à une amélioration des réponses immunitaires chez les patients infectés


La plupart des personnes vivant avec le VIH contrôlent le virus grâce à un traitement antirétroviral (ARV). Bien que ces médicaments soient très efficaces, la présence de réservoirs viraux latents dans leur corps signifie qu’ils auront besoin d’un traitement à vie. Selon des études, une immunothérapie combinant deux anticorps anti-VIH peut également réduire la charge virale avec une efficacité similaire aux ARV. Une équipe internationale de chercheurs du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM), de la Rockefeller University (États-Unis) et de l’Université de Cologne (Allemagne) vient de prouver que l’utilisation de ces anticorps, lors d’une interruption de traitement ARV, a un effet sur le système immunitaire des patients infectés par le VIH.

Dans une étude publiée dans Nature Medicine, les chercheurs décrivent comment l’injection de ces puissants anticorps anti-VIH, ou anticorps neutralisants, est associée à un renforcement de la réponse des lymphocytes T qui reconnaissent spécifiquement le virus. Les lymphocytes T sont d’importantes cellules du sang (globules blancs) qui contribuent au contrôle des infections chroniques telles que le VIH. Cette étude montre une interaction inattendue et une influence potentielle entre deux pans du système immunitaire humain : l’immunité humorale (anticorps) et l’immunité à médiation cellulaire (lymphocytes T).

« C’est vraiment une preuve de concept », a déclaré le docteur Daniel E. Kaufmann, chercheur au CRCHUM et professeur à l’Université de Montréal. « Nous avons analysé des échantillons de sang de participants à une étude clinique menée par nos collaborateurs. Ils avaient utilisé des anticorps monoclonaux produits en laboratoire pour bloquer le virus. Chez tous les participants, la quantité de virus dans le sang a été réduite à un niveau indétetectable pendant au moins 15 semaines après l’arrêt du traitement avec les antirétroviraux. »

« Nous avons observé, a-t-il ajouté, ce qu’il se passait pour les autres cellules immunitaires ciblant le virus. Au cours de cette étude, nous avons documenté l’augmentation de la réponse immunitaire des lymphocytes T chez neuf participants de l’étude, infectés par le VIH. Mais ces réponses lymphocytaires T sont-elles plus efficaces qu’avant l’intervention pour contrôler le VIH? Cela reste à démontrer. »

Une étude clinique de phase 1 b

Deux jours avant l’arrêt du traitement antirétroviral, neuf personnes, vivant avec le VIH et hôtes de virus sensibles aux anticorps, ont reçu une première injection d’une combinaison de deux anticorps. Recrutée par une équipe de recherche internationale, cette cohorte de patients a reçu de nouvelles injections d’anticorps après trois et six semaines de suivi. Des tests sanguins ont été effectués chaque semaine pour vérifier une éventuelle réapparition du virus.

Au moyen de techniques sophistiquées d’analyse cellulaire, Julia Niessl, la première auteure de l’étude et doctorante dans le laboratoire du Dr Kaufmann, a observé qu’en l’absence de traitement ARV, le niveau d’activité des lymphocytes T CD4 et CD8, répondant spécifiquement au VIH, avait augmenté au cours de la période de traitement avec les anticorps.

Les anticorps fonctionnent différemment des médicaments. Ils ne sont pas passifs. En plus de bloquer le virus, ils interagissent avec le système immunitaire et l’influencent.

« À l’avenir, a déclaré le Dr Kaufmann, ce type de thérapie par anticorps sera étudié dans des études cliniques de plus grande ampleur afin de prévenir ou traiter le VIH, car les anticorps sont très bien tolérés par les humains et peuvent efficacement bloquer le virus pendant de nombreuses semaines. »

Selon l’Organisation mondiale de la Santé, approximativement 37,9 millions de personnes vivaient avec le VIH à la fin de 2018.

Cette recherche a été soutenue par : les National Institutes of Health des États-Unis ; les Instituts de recherche en santé du Canada ; l’Einstein-Rockefeller-CUNY Center for AIDS Research ; une subvention de BEAT-HIV Delaney ; le Robertson Fund ; des subventions de la Fondation Bill et Melinda Gates pour la découverte d’un vaccin contre le SIDA ; une subvention du Fonds des leaders de la Fondation canadienne pour l’innovation ; le réseau SIDA et maladies infectieuses du Fonds de recherche du Québec-Santé.

À lire : « Combination anti-HIV-1 antibody therapy is associated with increased virus-specific T cell immunity » par Julia Niessl et al. dans Nature Medicine DOI : 10.1038/s41591-019-0747-1