L’alimentation et le microbiote intestinal jouent un rôle important dans la réponse immunitaire au cancer. Une étude menée par des chercheuses et chercheurs du Centre de recherche du CHUM (CRCHUM) et de l’Université McGill, publiée dans la revue Nature, montre que leur interaction pourrait contribuer à expliquer pourquoi certaines personnes répondent mieux que d’autres à l’immunothérapie.
Dirigés notamment par le Dr Bertrand Routy, chercheur de l'axe Cancer au CRCHUM et codirecteur du Centre du microbiome du CHUM, avec la collaboration de la Dre Arielle Elkrief, chercheuse et codirectrice du Centre du microbiome du CHUM, les travaux révèlent que l’efficacité de certaines immunothérapies dépend moins du poids corporel que de l’interaction complexe entre l’alimentation, le microbiote intestinal et le système immunitaire.
Comprendre le paradoxe de l'obésité
Depuis plusieurs années, les scientifiques tentent de comprendre un phénomène intrigant. Bien que l'obésité soit généralement associée à un risque accru de développer plusieurs cancers, certaines études ont montré que les personnes ayant un indice de masse corporelle élevé répondent parfois mieux aux inhibiteurs de points de contrôle immunitaire, une catégorie d'immunothérapies utilisées pour traiter différents cancers. Ce phénomène est souvent qualifié de « paradoxe de l'obésité ».
Les mécanismes à l'origine de cette observation demeuraient toutefois mal compris. L'obésité elle-même améliore-t-elle la réponse au traitement? Ou d'autres facteurs associés, comme l'alimentation ou le microbiote intestinal, jouent-ils un rôle plus important?
Pour répondre à ces questions, les chercheurs ont analysé l'effet de 12 régimes alimentaires différents dans des modèles précliniques représentant diverses formes d'obésité. Ils ont également étudié la contribution du microbiote intestinal à la réponse à l'immunothérapie.
Bien plus qu'une question de poids
Les observations révèlent que les réponses favorables à l'immunothérapie étaient davantage associées à certaines caractéristiques du microbiote intestinal et à l'alimentation qu'au poids corporel lui-même. Les chercheurs ont observé que certains régimes favorisant l'obésité étaient également associés à la présence d'un microbiote capable d'améliorer la réponse immunitaire contre les tumeurs.
L'étude montre notamment que certaines bactéries intestinales, lorsqu'elles sont combinées à des contextes alimentaires spécifiques, favorisent la production de métabolites capables d'amplifier l'activité du système immunitaire contre le cancer. À l'inverse, des microbiotes moins favorables limitaient l'efficacité des traitements.
Les chercheurs ont également montré que certains microbiotes intestinaux pouvaient rétablir la sensibilité à l'immunothérapie. Dans différents modèles expérimentaux, cet effet a été observé après des modifications alimentaires ainsi qu'après des transplantations de microbiote. Ces travaux suggèrent qu'il est possible d'agir sur l'environnement intestinal afin d'améliorer la réponse aux traitements. Les résultats obtenus avec des microbiotes humains appuient également ce constat.
Chez la souris, les transplantations de microbiote provenant de personnes ayant un indice de masse corporelle élevé ont amélioré la réponse à l'immunothérapie comparativement à celles provenant de personnes ayant un indice de masse corporelle normal.
Les analyses indiquent que le « paradoxe de l'obésité » pourrait s'expliquer, du moins en partie, par une synergie entre l'alimentation et le microbiote intestinal plutôt que par l'obésité elle-même.
Vers des approches plus personnalisées
Pour la Dre Arielle Elkrief, le Dr Bertrand Routy et leurs collaborateurs, ces travaux contribuent à une meilleure compréhension des facteurs qui influencent la réponse aux immunothérapies. Ils ouvrent également la voie à de nouvelles approches visant à optimiser les traitements en tenant compte du microbiote intestinal et de l'environnement nutritionnel des patients.
Les résultats ne suggèrent pas que les patients devraient modifier leur alimentation dans le but de prendre du poids ou d'adopter des régimes associés à l'obésité. Ils indiquent plutôt que certaines interactions biologiques entre les aliments consommés, les bactéries intestinales et le système immunitaire pourraient être mises à profit pour améliorer l'efficacité des traitements contre le cancer.
Les chercheurs tentent maintenant d'identifier plus précisément les bactéries intestinales et les molécules responsables de ces effets afin de déterminer comment les exploiter à des fins thérapeutiques.
À terme, ces connaissances pourraient contribuer au développement de stratégies plus personnalisées, allant de l'ajustement de l'alimentation à l'utilisation ciblée du microbiote intestinal, afin d'augmenter les chances de réponse à l'immunothérapie chez les personnes atteintes de cancer.
L'étude Diet–microbiome synergy underlies obesity-associated immunotherapy efficacy a été publiée dans la revue Nature. Le Dr Bertrand Routy, La Dre Arielle Elkrief, Meriem Messaoudene, Mayra Ponce et Yongjia Hu du CRCHUM, figurent parmi les auteurs de ces travaux.
Le financement de ces travaux a été assuré par les Instituts de recherche en santé du Canada, la Société canadienne du cancer, l’Institut de recherche Terry Fox, la Fondation canadienne pour l’innovation ainsi que par des partenaires philanthropiques, dont La Vie en Rose et la Fondation de la famille Bachynski.
Quand l'alimentation et le microbiote façonnent la réponse au cancer
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