Garder l’humain au cœur de l’IA en santé
Dans le texte précédent, nous disions que la vraie question n’était pas de savoir si l’IA allait remplacer les professionnel(le)s de la santé, mais plutôt quelle place nous voulions laisser à l’humain dans les soins de demain.
Allons donc plus loin.
Comment faire concrètement pour garder l’humain au centre?
D’abord, soyons clairs. L’IA n’est ni bonne ni mauvaise en soi. C’est un outil, et comme tout outil, elle reflète les objectifs que nous lui donnons.
Si nous lui demandons d’aller plus vite, de traiter plus de patient(e)s, de réduire les coûts, elle excellera dans ces tâches. Par contre, si ces critères deviennent nos seules priorités, nous risquons de transformer les soins en un système performant, mais déshumanisé. Un système efficace, peut-être, mais froid.
Garder l’humain au cœur de l’IA en santé commence par reconnaître que tout ce qui est important ne se mesure pas. La souffrance, l’angoisse, l’incertitude, la relation de confiance entre un(e) patient(e) et le personnel soignant ne se réduisent pas à des données. Deux patient(e)s atteint(e)s de la même maladie ne vivent jamais la même expérience. Aucune intelligence artificielle ne peut réellement comprendre ce que cela signifie d’avoir peur, de ne pas comprendre ce qui nous arrive ou de se sentir vulnérable.
Cela implique aussi un changement dans la façon dont nous concevons et intégrons l’IA en santé. Elle ne doit pas être développée uniquement pour optimiser des indicateurs de performance, mais pour soutenir le jugement clinique et améliorer la qualité des soins. L’IA devrait aider à mieux décider, pas décider à notre place.
Concrètement, cela signifie utiliser l’IA pour libérer du temps au lieu d’en enlever.
Du temps pour écouter.
Du temps pour expliquer.
Du temps pour accompagner.
Cela signifie aussi former les professionnel(le)s de la santé à comprendre l’IA, à en reconnaître les forces, mais aussi les limites et les biais.
Un(e) professionnel(le) qui comprend l’outil reste maître de ses décisions.
Un(e) professionnel(le) qui ne fait qu’appliquer des recommandations devient dépendant(e).
Mais surtout, garder l’humain au cœur de l’IA en santé, c’est préserver la relation thérapeutique. La technologie peut soutenir le soin, mais elle ne peut pas remplacer la présence, l’écoute et la confiance. Le doute, loin d’être un défaut à corriger par l’IA, fait partie intégrante des soins. Il nous pousse à réfléchir, à nuancer, à voir la personne derrière la maladie.
L’IA peut apporter de l’aide, améliorer la précision et l’accès aux soins, mais elle ne peut pas donner du sens à la souffrance ni accompagner un(e) patient(e) dans un moment difficile.
En fin de compte?
Le futur de l’IA en santé ne dépend pas uniquement des avancées technologiques. Il dépend de nos choix collectifs.
De ce que nous acceptons d’automatiser.
Et de ce que nous refusons de déléguer.
Garder l’humain au cœur de l’IA en santé, ce n’est pas ralentir le progrès. C’est s’assurer que l’IA reste au service des soins, et non l’inverse.
Meziane Silhadi
Étudiant en médecine, Université de Montréal
Président fondateur, Société Québécoise de l’Intelligence Artificielle en Médecine (SQIAM)
Découvre, apprends, et inspire-toi pour bâtir ton avenir en dans le domaine de la santé!
Tu veux en savoir plus sur les opportunités de carrière en santé? Les sciences, les technologies, l’ingénierie ou encore les mathématiques te passionnent?
Autres articles
Garder l’humain au cœur de l’IA en santé