Consommation de drogues par injection : une nouvelle étude dresse un portrait nuancé du Canada


Au Canada, en 2016, 171 900 personnes ont consommé de la drogue par injection contre 130 000 en 2011. Dans une étude publiée par le American Journal of Public Health, des chercheurs du Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM) ont estimé pour la première fois le nombre de personnes ayant consommé de la drogue par injection dans 11 des 13 provinces et territoires canadiens(Nunavut et Territoires du Nord-Ouest non inclus). Selon leurs estimations, le nombre de personnes qui s’injectent des drogues aurait augmenté de 30 % au cours de la période étudiée. Les chercheurs ont également estimé combien de personnes avaient reçu un traitement agoniste pour troubles de l’usage d’opioïdes et le nombre de seringues distribuées.

De précédentes études portant sur le nombre de personnes ayant consommé de la drogue par injection avaient fait ces calculs à l’échelle du pays, ou dans des villes spécifiques. Cette nouvelle étude va plus loin et fournit des données provinciales et territoriales sur l’offre annuelle de services de réduction des méfaits pour la prévention du VIH et du virus de l’hépatite C.

L’Organisation mondiale de la santé suggère dans ses lignes directrices que plus de 40 personnes devraient recevoir des traitements agonistes pour des troubles de l’usage d’opioïdes pour 100 personnes consommant de la drogue par injection. Une moyenne de 200 seringues stériles par an devrait être distribuée pour chaque personne consommant de la drogue par injection.

« Selon nos calculs, au Canada en 2016, pour 100 personnes consommant de la drogue par injection, 66 personnes ont reçu des traitements agonistes pour des troubles de l’usage d’opioïdes, et 291 seringues stériles ont été distribuées pour chaque personne consommant de la drogue par injection. Ces données prouvent que dans l’ensemble, le Canada a atteint les objectifs fixés par l’Organisation mondiale de la santé en matière de réduction des méfaits. Cependant, ces résultats sont inégaux à travers le pays », explique Brendan Jacka, un des auteurs de l’étude, qui effectuait un stage postdoctoral dans le laboratoire de la Dre Julie Bruneau au CRCHUM.

Des différences importantes entre les provinces et les territoires

La couverture des services variait considérablement d’un bout à l’autre du pays. L’Alberta et l’Île-du-Prince-Édouard ont la couverture la plus importante de traitements agonistes pour des troubles de l’usage d’opioïdes, soit 150 personnes couvertes pour 100 personnes consommant de la drogue par injection, alors que cette couverture est de moins de 40 au Manitoba. En 2016, l’Alberta et la Saskatchewan ont fourni plus de 700 seringues par personne consommant de la drogue par injection, contre moins de 200 au Québec, au Yukon et à Terre-Neuve-et-Labrador.

« En plus des investissements supplémentaires dans les traitements agonistes pour les troubles de l’usage d’opioïdes et les programmes d’échanges de seringues, il faut augmenter de façon urgente les effectifs et le financement pour évaluer et contrôler la consommation de drogues par injection, la couverture des services de réduction des méfaits et les possibilités de traitement pour les troubles liés à la consommation de cocaïne et de méthamphétamine », déclare M. Jacka.

 Selon la Dre Bruneau, chercheuse au CRCHUM, « cette étude démontre l’importance de travailler de concert et de mettre en place un ensemble d’indicateurs communs pour suivre l’évolution de ces services. Ces indicateurs nous permettraient de connaître la couverture, l’accès aux services et l’offre pour les populations les plus vulnérables aux échelons local, provincial et territorial. » Elle ajoute que cette étude aidera également à discuter des préjugés et des obstacles, afin d’adapter les politiques en conséquence.

Selon les chercheurs, une meilleure évaluation du nombre d’individus potentiellement à risque était nécessaire depuis longtemps, afin de permettre aux provinces et territoires de répondre de manière appropriée à l’épidémie d’overdose due aux opioïdes, à la consommation de méthamphétamine et cocaïne par injection, et à la transmission du VIH et du virus de l’hépatite C à travers le pays.

Ces travaux ont été financés par le Réseau canadien sur l’hépatite C et l’Initiative canadienne de recherche en abus de substance — pôle Québec-Atlantique.

À lire : « Prevalence of Injecting Drug Use and Coverage of Interventions to Prevent HIV and Hepatitis C Virus Infection Among People Who Inject Drugs in Canada » par Brendan Jacka et al. dans American Journal of Public Health. DOI:10.2105/AJPH.2019.305379