Une journée dans la vie de…

Cet article est extrait du CHUMAGAZINE – Été 2019

Mahmoud Ouraghi, préposé aux bénéficiaires Services chirurgicaux (chirurgies thoracique, plastique et zone intermédiaire)

Maryse Nadon, sa chef de service, avait dit vrai : Mahmoud dégage, dès les premières secondes, une impression de dévouement, d’empathie et de dynamisme. Des qualités que les patientes et patients lui reconnaissent aussi. Ils sont tellement satisfaits de ses soins qu’ils le réclament quand il est absent, allant même jusqu’à demander de le cloner!

Quel est votre parcours professionnel?

Un peu après mon arrivée au Canada, en 2010, j’ai décidé de suivre une formation de préposé aux bénéficiaires (PAB). C’était bien différent du travail d’ingénieur en informatique que j’occupais en Algérie, mais j’ai toujours aimé aider les gens : j’y avais été bénévole dans des orphelinats, j’y avais assisté mes grand-mères dans leurs derniers moments, bref, la profession de PAB m’apparaissait comme une option intéressante. Après ma formation, j’ai travaillé ailleurs pendant un an et demi avant de me joindre au CHUM, dont j’avais entendu parler pendant ma formation. J’adore l’équipe!

Faites-vous de la formation continue?

Nous avons plusieurs formations à l’interne qui touchent l’hygiène ou les principes de déplacement sécuritaire des bénéficiaires (PDSB). J’aime beaucoup profiter de l’expérience de mes pairs, qui sont en poste depuis plus longtemps que moi et qui ont énormément de choses à m’apprendre.

Parlez-nous des personnes que vous aidez.

Nous recevons les patientes et patients, à peine réveillés, après une intervention chirurgicale (réimplantation d’un doigt, par exemple). Ce sont des gens qui sont dans une phase douloureuse et éprouvante, autant pour leur physique que pour leur moral. Soudainement, leur vie bascule. Ils ont besoin d’aide pour tout, n’ont plus le droit à leurs habitudes comme le café ou la cigarette, et sont obligés de rester alités et de laisser les PAB entrer dans leur « bulle » pour les soins d’hygiène. Et, surtout, ils ne savent pas trop ce que l’avenir leur apportera, ce qui engendre beaucoup de stress.

À quoi ressemble une journée type?

Je travaille de jour. Le travail de PAB, c’est bien sûr passer des plateaux, donner des bains, habiller des patientes et patients ou les préparer pour des examens médicaux. Mais c’est plus que ça! Selon moi, le plus important pour bien faire son travail de PAB, c’est d’observer et écouter la personne, puis compléter pour elle ce qu’elle ne peut pas faire. Il y a aussi toutes sortes de besoins qu’on tente de combler.

Aujourd’hui, par exemple, un patient incapable de parler m’a demandé de lire à sa conjointe, par téléphone (il vient d’une région éloignée), deux pages de conseils et de demandes qu’il avait rédigées à la main. Les derniers mots étaient : «Je t’aime et je m’ennuie de toi.» J’ai bien dit à la dame que ce n’était pas moi qui lui disais ça, mais bien son mari! Et j’ai complété en lui disant : «Alors, venez vite le voir!» Puis, lui et moi avons poursuivi notre discussion, par écrit, ce qui lui a fait beaucoup de bien.

Quelles qualités sont nécessaires pour bien faire le métier de PAB?

Il faut d’abord de l’écoute et de l’attention pour toutes sortes de choses, tout en accomplissant nos tâches. Certaines personnes n’osent pas dire au personnel médical, par exemple, qu’elles ont une dépendance, alors que ça peut avoir une influence sur leurs soins ou leur médication.
 
Un autre exemple de l’importance d’écouter : un jour, ayant appris qu’une patiente plutôt agressive avait l’habitude de travailler de nuit, j’ai réalisé que de la forcer à changer son biorythme ajoutait à sa détresse. J’en ai discuté avec ma chef et, finalement, on a modifié l’horaire des soins de la patiente, ce qui a été très positif pour elle.

Ça prend aussi de la patience. Il faut comprendre que, lorsque la personne est désagréable, ce n’est pas elle qui parle : c’est sa douleur. Le sens de l’humour est utile et, bien sûr, aimer apprendre et avoir envie de connaître ses patients et patients sont d’autres belles qualités. Nous ne sommes pas là uniquement pour faire des transferts et donner des bains!

«J’adore quand je vois un sourire sur le visage de mes patientes et patients. Ma paye, c’est quand je les vois pleurer de joie parce qu’ils réussissent à marcher pour la première fois.»

Qu’est-ce qui vous rend le plus heureux dans votre travail?

J’adore quand je vois un sourire sur le visage de mes patientes et patients. Ma phrase préférée, c’est : «Ça me fait du bien!» Ma paye, c’est quand je les vois pleurer de joie parce qu’ils réussissent à marcher pour la première fois. J’aime tellement mon travail qu’il m’arrive de chanter pour eux!

Quels sont les principaux défis?

Réussir à faire bouger les gens n’est pas toujours facile. Ou l’inverse : devoir empêcher quelqu’un de se lever même s’il insiste, alors qu’on sait très bien qu’il en est incapable! C’est vrai, parfois nos journées ne sont pas faciles, mais on est là pour la patiente ou le patient. C’est une vocation de travailler avec des gens!

Comment contribuez-vous à l’innovation dans votre travail et quel avenir voyez-vous pour votre métier?

Je propose souvent des choses vues ailleurs, et c’est toujours reçu avec ouverture. On essaie de nouvelles façons de faire les choses. Je pense que, dans l’avenir, les PAB continueront à avoir leur place. Je ne crois pas que les robots vont nous remplacer de sitôt! De toute façon, les machines ne pourront jamais donner des soins avec autant d’humanité qu’une vraie personne.

Quels conseils offririez-vous à quelqu’un qui souhaite devenir PAB?

Il faut être là pour les gens. Un jour, c’est nous qui serons à leur place – c’est mon visage que je vois dans celui de la patiente ou du patient quand je suis avec elle ou lui! Alors ce que je dis aux futures et futurs PAB, c’est : occupe-toi des patientes et patients comme s’ils étaient des rois, et tu seras traité comme un roi en retour. C’est vrai que tu seras payé pour faire ton travail, mais pour faire ce métier, ça prend une vocation.


Comme Mahmoud, tu as envie de repousser tes limites pour les patients? Joins-toi à l’équipe!
www.equipechum.ca