Une expertise humaine unique

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Khalil Bouyakdan

Si l’Université de Montréal se cherchait un porte-parole parmi ses diplômés, elle pourrait faire appel à Khalil Bouyakdan. L’homme a l’institution tatouée sur le cœur. Il y a fait toute sa scolarité universitaire avant de devenir en 2018 le responsable de la plateforme de phénotypage métabolique du Centre de recherche du CHUM.

Arrivé du Liban avec ses parents à l’âge de quatre ans, le scientifique a connu à Montréal un parcours sans heurts qui l’a mené d’un baccalauréat en biochimie à une maîtrise sur le développement embryonnaire du cerveau au CHU Sainte-Justine. Pour son doctorat, il se concentrera sur le métabolisme et l’hypothalamus au sein du laboratoire de Thierry Alquier, chercheur et responsable de l’axe Cardiométabolique.

Ensemble, ils démontreront pour la première fois sur des souris que la protéine ACBP influence directement les neurones permettant le maintien d’un poids santé chez les rongeurs, et l’humain. Et oui, nous avons beau faire de l’exercice et manger de façon équilibrée, le contrôle de notre poids est une affaire plus cérébrale que nous le pensons.

Depuis, les deux hommes ne se sont jamais quittés. Khalil Bouyakdan est à la tête de la plateforme, tandis que son ancien directeur de thèse en est le conseiller scientifique.

Décortiquer le métabolisme

« Comprendre le métabolisme et ses défauts, c’est l’objectif de la plateforme phénotypage métabolique. Le phénotype, c’est l’ensemble des caractères observables d’un individu ou d’un animal. C’est ce que les gènes expriment », explique-t-il.

Dans ce domaine, la plupart des tests ont été développés pour l’humain, puis adaptés aux rongeurs — le plus souvent des souris — pour pouvoir mener des études de recherche fondamentale sur des maladies métaboliques.

Par exemple, des équipes de recherche étudient des souris et souhaitent comprendre pourquoi elles deviennent obèses ou sont résistantes à l’obésité.

« Dans leur recherche d’explications, elles font appel à nous pour mesurer entre autres chez les rongeurs le métabolisme du glucose ou la tolérance à l’insuline, calculer la dépense énergétique en fonction de la consommation d’oxygène, déterminer la source utilisée pour générer cette énergie, suivre en temps réel la progression du poids, de la température interne et les déplacements. »

Aujourd’hui, Khalil Bouyakdan, comme plusieurs organismes subventionnaires, encourage les équipes de recherche à inclure des souris femelles dans leurs études métaboliques. Le fait de n’avoir que des mâles biaise les résultats : les œstrogènes sont connus pour avoir des effets bénéfiques sur le métabolisme.

Une plateforme d’exception

Mais ce qui différencie cette plateforme du centre de recherche de celles des autres institutions, ce n’est pas l’équipement spécialisé. Il est plutôt standard.

« Tout se joue au niveau de l’expertise humaine. Nos deux techniciennes en santé animale, Mélanie Éthier et Grace Fergusson, ont des habiletés extraordinaires et une dextérité hors pair notamment pour les chirurgies pointues ou les tests avancés. Leur expertise d’une quinzaine d’années fait que nous sommes très demandés. »

Les deux femmes ont débuté dans le laboratoire du Dr Vincent Poitout, actuel directeur de la recherche du CHUM et chercheur, et y ont acquis les connaissances nécessaires pour isoler des îlots pancréatiques par exemple. Le Dr Poitout est d’ailleurs un de leurs nombreux clients au sein du Centre de recherche du CHUM.

Pour les besoins d’une équipe locale, l’équipe de Khalil Bouyakdan a récemment « poussé » un test métabolique plus loin en ajoutant un traceur radioactif du glucose. Cela permet de voir la production de glucose par le foie, de déterminer quel tissu récupère le glucose et en quelle quantité.

En plus des membres de son équipe, il peut compter sur la collaboration des deux vétérinaires de l’animalerie, Hélène Héon et Maryse Boulay, ainsi que ses collègues du Comité institutionnel de protection des animaux.

Un passeur de science 

L’excellente réputation de la plateforme fait que Khalil Bouyakdan est sollicité par des universités québécoises et canadiennes, des entreprises privées à l’occasion, ou à l’international pour des projets menés avec des équipes du centre de recherche.

« En dehors du centre de recherche, notre visibilité tient en grande partie au fait que notre contribution est citée dans la section “Remerciements” des articles et que nous sommes parfois inclus dans la liste des auteurs », explique le scientifique toujours aussi passionné après cinq années en poste. Un clin d’œil amical aux équipes de recherche.

 Notre but est de faire de la bonne science et de faciliter entre autres la recherche sur le diabète et l’obésité afin d’en faire bénéficier la population . 

De ce côté-là, Khalil Bouyakdan a le pouvoir de changer les choses, une étude après l’autre. 


Rédaction : Bruno Geoffroy

Une expertise humaine unique