Un cancer, c’est comme un voyage en TGV!

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Micheline Charlebois attend patiemment à l’endroit convenu. Ce n’est pas la première fois qu’elle a un rendez-vous au CHUM : elle y est venue des dizaines de fois pour traiter un cancer du sein. Mais aujourd’hui, c’est différent. Micheline vient raconter son parcours. Ses yeux sourient. Elle s’est mise belle pour le photographe, prenant soin de porter un foulard rose, symbole de ce cancer affectant une femme sur huit au Québec.

Son visage ne vous est pas inconnu? C’est peut-être parce que vous l’avez rencontrée lors d’un événement BRAVOURE du CHUM. Micheline participe à ces rencontres annuelles portant sur les avancées de la science en matière de cancer du sein et sur les options de reconstruction mammaires offertes. Dès sa première participation, elle s’y dévoile sans pudeur, dans l’intimité d’un paravent, pour démystifier les changements physiques qu’apporte la reconstruction mammaire. Micheline se découvre une vocation de marraine pour d’autres femmes atteintes d’un cancer du sein. En 2018, elle partage son expérience à une salle remplie de femmes — et d’hommes — avides d’information sur le sujet.

Micheline est fière de son parcours et heureuse d’être en vie pour attester qu’il y a une vie après le cancer. Pour démystifier les côtés physiologique et psychologique de la reconstruction mammaire, elle publie, à l’hiver 2021, le récit de son parcours, qu’elle a rédigé. Elle y documente les étapes franchies, les gens qui l’ont soutenue et les astuces qui lui ont permis de garder espoir. Voici son histoire, inspirée de notre rencontre et de son livre.

 L’histoire de madame Charlebois, c’est aussi l’histoire de chacune des patientes qu’on voit chaque jour en cours du traitement de leur cancer du sein, et dont le courage et la détermination nous inspirent grandement chaque fois… — Dr Joseph Bou-Merhi, chirurgien plasticien. 

Un voyage à fond de train

Micheline compare son parcours à un voyage en train à grande vitesse. « Tout se passe très rapidement, explique-t-elle, et les wagons représentent les différents éléments de la maladie. » La locomotive? C’est elle qui la conduit, allant d’étape en étape, un jour à la fois. Suivent les wagons de soutien, le wagon médical… et le wagon cancer, que Micheline a laissé derrière elle. « Je n’ai pas survécu au cancer, lance-t-elle avec conviction, je l’ai vaincu. »

En voiture!

Il y avait longtemps que Micheline se préparait à entendre un diagnostic de cancer du sein : « Le mot “cancer du sein” fait partie de mon vocabulaire depuis tellement longtemps! » Sa mère en a souffert. Patiente du Dr André Robidoux (CHUM) dans les années 80, elle a participé aux recherches en cancer du sein. Étant donné le risque d’hérédité génétique, Micheline et ses sœurs et une nièce sont suivies au CHUM et passent une mammographie chaque année pour détecter rapidement toute anomalie.

Elle s’y attend depuis si longtemps que, lorsque le diagnostic tombe le 29 mai 2014, Micheline se rend quand même, en soirée, à sa pratique de chorale. Elle est déjà à bord de sa locomotive. Elle sait à quoi s’attendre, connaît la date de son opération et de sa première chimiothérapie. La vie continue et Micheline a confiance de se rendre à destination.

Son seul regret, affirme-t-elle, est de manquer le voyage que la chorale doit effectuer en Provence au cours de l’été! Elle fait part de la nouvelle à ses camarades. « Ce soir-là, le chœur a chanté pour moi… »

Rester positive et franchir les étapes une à la fois

Micheline aurait pu avoir peur. Penser à la mort. Mais ses proches et ses collègues la voient comme une personne forte. Pour elle, il n’est pas question de les décevoir! De toute façon, dit-elle avec philosophie, on peut mourir chaque jour en sortant de chez soi. Elle s’efforce d’aborder chaque étape de son parcours avec résilience et sérénité. « J’ai quand même pleuré aussi! », dit-elle en se remémorant les sanglots qu’elle a laissé échapper sur la tombe de son père un jour de printemps.

Pour Micheline, ce qui suit n’est pas un combat, mais un marathon de la vie qui durera 16 mois. Les examens médicaux confirment qu’elle possède une mutation du gène BRCA2 (léguée par la génétique paternelle, apprendra-t-elle plus tard), qui augmente énormément les risques d’avoir un cancer du sein. Mais elle a confiance à l’expertise du CHUM et à la science.

Elle remet sa vie entre les mains de sa cheffe de gare principale, la Dre d’Erika Patocksai, chirurgienne oncologue, pour l’intervention chirurgicale, qui la privera d’un sein. Le jour de l’opération, le 2 juillet 2014, elle pense à celles qui s’en sont sorties pour se donner du courage. Son calme marque la Dre Patocksai, qui parle de Micheline comme d’une femme courageuse, « comprenant bien sa maladie et le parcours à suivre dans son cheminement vers la sérénité ».

La mastectomie ne l’effraie pas outre mesure, puisqu’une reconstruction est effectuée le jour même par le Dr Joseph Bou-Merhi, chirurgien plasticien. Durant l’opération, des tissus adipeux seront prélevés du ventre et utilisés pour former un sein. Micheline réussit à s’amuser de la situation. En sortant de la salle d’opération, elle aura le galbe des actrices et un ventre plat à rendre jaloux son entourage!

S’ensuit la chimiothérapie, de même qu’une ovariectomie, pour réduire les risques de cancer de l’ovaire dus au BRCA2. L’amour inconditionnel de son conjoint (il se fait même raser la tête lorsqu’elle perd ses cheveux pendant les traitements) et le soutien de son entourage l’aident à supporter les dix semaines de convalescence. Fidèle à sa philosophie de profiter de la vie, elle continue à chanter avec sa chorale.

La vie nous envoie des épreuves qui correspondent à notre détermination, à notre force et à notre courage. — Micheline Charlebois. 

Déraillement… Et entrée en gare!

Petit à petit, Micheline reprend du mieux. Recommence à lire, à marcher, à écrire. Puis, à la mi-septembre, rien ne va plus : le train déraille. Son corps se défend contre la chimiothérapie. Elle se retrouve à l’urgence, où on lui concocte une nouvelle formule. Les symptômes diminuent et elle réussit à bien supporter les traitements restants. Enfin, après 16 traitements de chimiothérapie, elle commence ses traitements de radiothérapie — elle en aura 25 en tout.

Le train de Micheline avance, lentement mais sûrement, sur les rails. La gare est de plus en plus proche, grâce à toutes les personnes qui l’ont si bien soignée ou soutenue au cours des 16 derniers mois. Enfin, elle arrive à destination.

Tchou, tchou! Quelques mois plus tard, elle partira chanter sa joie de vivre en Italie aux côtés de ses camarades de la chorale.

BRAVOURE, pour s’informer sur les options de traitement du cancer du sein 
Vous avez un cancer du sein? Peu importe où vous en êtes dans votre parcours en cancer du sein, l’événement annuel BRAVOURE est pour vous. Au menu : avancées dans les traitements, présentation de cas cliniques et témoignages. Revoyez l'édition 2021, présentée sur notre page Facebook, découvrez les plus belles photos de la même édition, ou revoyez l’édition 2020.
 

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