Prix Florence 2019 : Line Beaudet récompensée pour l’excellence de ses soins

ENTREVUE


Réalisée par la Direction des communications et de l'accès à l'information

Mme Beaudet, pouvez-vous me décrire votre parcours?

Je détiens un baccalauréat en sciences infirmières de l’Université Laval (1985). J’ai complété une maîtrise (1988) et un doctorat (2011) en sciences infirmières de l’Université de Montréal.

En début de carrière, je me suis établie à Montréal pour obtenir un poste à temps plein dans le domaine des neurosciences. J’ai pratiqué notamment à l’Hôpital de Montréal pour enfants, à l’Hôpital général de Montréal et à l’Hôpital général juif Sir Mortimer B. Davis. Au cours des années ’90, j’ai aussi occupé des fonctions en recherche, en enseignement et en supervision de stages principalement à l’Université de Montréal, mais aussi à l’Université du Québec en Outaouais et à l’Université McGill.

Depuis l’an 2000, je suis à l’emploi de la Direction des soins infirmiers du CHUM, à titre de conseillère sénior en soins spécialisés et en recherche clinique et de chercheuse régulière au CRCHUM, plus particulièrement au Carrefour de l’innovation et dans l’axe des neurosciences.

En somme, on dit de moi que j’ai un parcours atypique pour une infirmière. Moi, je le considère plutôt « enrichi » par les expériences variées et les personnes d’horizons différents que j’ai rencontrées au fil des ans.

Y a-t-il eu un événement en particulier dans votre vie qui vous a poussé à choisir les soins infirmiers? Avez-vous vécu un moment déterminant où vous avez senti que vous deviez devenir infirmière?

Au cours de mes études collégiales en sciences de la nature, j’hésitais entre plusieurs disciplines allant du génie aux sciences de la santé. Dans ma famille, j’avais beaucoup baigné dans le monde de l’enseignement. Finalement, après diverses expériences et réflexions, j’ai été davantage inspirée par deux de mes tantes qui ont eu un parcours exceptionnel, la première – Jeannot – comme infirmière, notamment en périnatalité dans le Nord du Québec et en Montérégie, et l’autre – Colette – comme intervenante communautaire. Je me destinais au génie chimique et avant de faire mon entrée universitaire, j’ai changé d’avis et rappelé à la Faculté des sciences infirmières pour y faire mon admission. La passion de mes tantes pour les approches familiale et communautaire, leur grande autonomie dans leur rôle respectif, le vaste champ de pratique des infirmières et leurs domaines de spécialités variés m’ont conquise.

Comme toute étudiante, j’ai eu des moments de doute, de remise en question et de grandes joies également. Je suis tombé en amour avec les neurosciences lors de ma première année au baccalauréat en sciences infirmières. Les personnes, jeunes ou âgées, vivant avec le Parkinson, l’épilepsie, un AVC ou la sclérose en plaques ainsi que leurs proches aidants m’interpelaient et étaient pour moi des modèles de sagesse, de débrouillardise, de créativité et de résilience. La passion pour cette population et les neurosciences est toujours là et ne me quitte jamais après plus de 34 ans.

Pourquoi avoir choisi le CHUM? Depuis combien de temps y êtes-vous?

Je suis au CHUM depuis 19 ans. À prime abord, c’est la direction des soins infirmiers du CHUM et mes collègues de neurosciences qui m’ont choisie. Au tournant de l’an 2000, le domaine des neurosciences était en pleine effervescence au CHUM avec le retour de plusieurs neurologues suite à leur fellowship aux États-Unis ou en Europe, mais aussi avec l’essor des soins infirmiers et des services interdisciplinaires, particulièrement en troubles du mouvement et en neurovasculaire. J’occupais depuis plus de sept ans un poste d’infirmière clinicienne spécialisée dans un autre établissement. Je côtoyais mes collègues du CHUM dans des comités et des groupes de travail régionaux, ainsi que dans des activités éducatives, de recherche et de bénévolat en neurosciences. Lorsqu’un nouveau poste a été accessible dans ce domaine au CHUM, j’ai accepté de me joindre à  cette équipe dynamique et de contribuer au développement des soins, des services et des pratiques interdisciplinaires tant dans le volet hospitalier qu’ambulatoire, qui demeure pour moi la voie de l’avenir à suivre pour la pérennité du système de santé publique. Déjà à cette époque, nous rêvions de télésanté et de créer des activités scientifiques personnalisées à la clientèle et aux intervenants. Cette vision et ces projets de rendre accessibles les soins et les services quaternaires de qualité à l’ensemble de la population québécoise nous animent toujours. Comme on dit chez nous : « Le CHUM, c’est moi! »

À quoi ressemble une journée type pour Line Beaudet?

Depuis un an, je suis chercheuse clinicienne au CHUM et au centre de recherche (CRCHUM). Grâce à une bourse salariale junior 1, du Fonds de recherche du Québec – Santé (2018-2022) et au soutien de Parkinson Québec et de la Fondation du Jardin de l’arbre de vie, mes journées sont bien remplies dans des fonctions à la fois cliniques, d’enseignement et de recherche. La routine, je ne connais pas cela!

Mon travail consiste principalement à développer, mettre en œuvre, évaluer et transférer dans les milieux de soins des interventions ou des services novateurs issus de la recherche ou des meilleures pratiques. Les projets de télésanté ou autres, ceux de mes étudiants aux cycles supérieurs, de même que ceux des équipes interdisciplinaires que j’accompagne, occupent une grande partie de mon temps. Je contribue également à des groupes d’experts cliniques et scientifiques dans mon organisation, mais aussi au plan national. Enfin, je poursuis également des activités de partenariat et de service à la communauté, en rencontrant des patients et des proches aidants et en réalisant différents projets significatifs pour eux.

Quel (s) aspect (s) de votre travail vous plaisent le plus?

Ce que j’apprécie le plus de mon travail, c’est de participer activement à la transformation et à l’évolution constante des pratiques avec les gens qui m’entourent. Être en relation avec les patients, les proches aidants ainsi que les collègues de diverses disciplines et de différents milieux dans un but commun est l’élément le plus fondamental de mes activités au quotidien. La réalisation de projets – de l’émergence de l’idée jusqu’à la mesure des résultats et au raffinement de l’intervention ou du service – me passionne encore et toujours. Nous tentons sans cesse de nous améliorer, d’anticiper les changements et de rendre les services toujours plus performants, efficients et surtout accessibles à la population. La pérennité des soins et des services de santé dans une perspective humaniste, responsable et durable est aussi au cœur de mes préoccupations.

Pouvez-vous me parler de l’importance de la relation entre une infirmière et son (ses) patient (s)?

Établir et préserver une relation mutuelle de confiance et empreinte de respect constitue l’élément central du soin et de la pratique infirmière. Dans cet espace relationnel, l’infirmière, le patient et ses proches aidants apportent et partagent leurs forces, leurs expériences de santé et de transition ainsi que leurs savoirs. C’est dans cette interaction que tous peuvent en bénéficier, faire des choix et cheminer sur leur trajectoire de soins, de santé et de vie.

Votre prix Florence vous a été remis pour l’Excellence des soins. Cette catégorie souligne la contribution exceptionnelle d’une infirmière ou d’un infirmier à la qualité des soins par l’excellence de sa pratique. Qu’est-ce que l’excellence des soins au CHUM? Que faites-vous concrètement pour améliorer la qualité des soins?

L’excellence des soins au CHUM s’observe dans les grandes réalisations infirmières et dans leurs plus petits gestes, tels que « être présentes avec » la personne et ses proches dans les moments de maladie, de rétablissement, de début et de fin de vie. L’excellence des soins réside aussi dans les croyances des infirmières à savoir que la personne et ses proches ont la capacité de cheminer vers un mieux-être, particulièrement en présence de ressources aidantes et accessibles et de stratégies personnalisées à leur situation, leur environnement et leur contexte de vie. Écouter et comprendre ce que traversent la personne et ses proches, être attentive aux messages et aux signes subtils qu’ils transmettent afin de faciliter leurs expériences de transitions témoignent également de l’excellence des soins.

En ce qui a trait à l’amélioration continue de la qualité des soins, je mets tout d’abord mes connaissances et mes compétences au service des personnes, des proches aidants et des équipes interdisciplinaires avec lesquels je chemine. Cela passe aussi par la reconnaissance mutuelle des écarts entre la pratique que l’on observe et celle qui serait favorable à atteindre, par l’exploration des meilleures pratiques et d’un éventail possible, de même que par la mise à l’essai et l’évaluation de solutions gagnantes-gagnantes pour les patients, les proches aidants, les personnel soignant et l’organisation de santé.

Dans le même ordre d’idée, vous êtes conseillère sénior en soins spécialisés au CHUM. Pouvez-vous m’en dire plus ce que sont les soins spécialisés au sein de notre centre hospitalier?

Au sein du CHUM, les soins spécialisés sont offerts par des infirmières de pratique avancée telles les infirmières praticiennes spécialisées (IPS), les infirmières cliniciennes spécialisées (ICS) et les conseillères en soins spécialisés (CSS). Toutes détiennent au moins un diplôme de maîtrise en sciences infirmières. Elles sont des expertes cliniques qui interviennent dans des situations de santé ou de transitions complexes, par exemple auprès des clientèles de neurosciences, d’oncologie, de cardiologie, de transplant, etc.

Leur pratique vise à répondre aux besoins évolutifs de la population dans un contexte de changements démographiques et de percées technologiques. Elle repose sur des savoirs approfondis, un jugement clinique sûr et des compétences avérées dans différents domaines, tels les soins directs et la consultation, la collaboration, l’éducation et le mentorat, le leadership, la recherche et le raisonnement éthique. Ces infirmières possèdent des connaissances étendues, un savoir-faire reconnu et la capacité à prendre des décisions complexes. Ce qui les distingue entre elles, c’est la proportion du temps qu’elles consacrent aux soins directs à la population et certaines de leurs activités réservées.
Il est démontré que leurs activités et leurs compétences contribuent à : l’amélioration des résultats de santé, la protection du public, l’adoption des meilleures pratiques par les équipes interdisciplinaires, la mission des organisations apprenantes, et la transformation du système de santé.

Voici quelques exemples de la contribution de ces infirmières au CHUM:

  • Évaluation approfondie de la condition clinique d’un patient, jeune ou âgé, atteint de pertes cognitives majeures et présentant des signes d’agitation et pour lesquels les interventions de l’équipe de soins n’ont pas eu les résultats attendus;
  • Suite à des résultats probants de recherche et à des lignes directrices du Ministère de la santé et des services sociaux (MSSS), 1) développement de protocoles de soins interdisciplinaires, d’ordonnances standardisées, de fiches d’éducation à la santé destinées aux personnes/familles, de formations et de simulations à l’intention du personnel soignant et des équipe interdisciplinaires; 2) évaluation en continu de la trajectoire de soins de la clientèle et des indicateurs de résultats; 3) reddition de compte au MSSS;
  • Déploiement dans l’organisation de la loi 2 portant sur l’aide médicale à mourir, la sédation palliative continue et les directives médicales anticipées;
  • Rédaction de mémoires et d’avis pour le développement et la mise en application de politiques de santé (ex. proches aidants, itinérance, crise et surveillance des opioïdes, etc.).

Comment avez-vous accueilli la nouvelle lorsque vous avez appris que vous étiez lauréate d’un prix Florence? Que représente pour vous cette nomination?

Lorsque j’ai appris la nouvelle du prix Florence, j’étais littéralement sous le choc, sans mot, ce qui est plutôt rare pour moi! Le président de l’Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec m’a souligné que ma candidature avait été soumise par la direction des soins infirmiers du CHUM, mes pairs, mes mentors, mes collègues chercheurs, des équipes médicales et interdisciplinaires ainsi que de la Faculté des sciences infirmières de l’Université de Montréal. Ils avaient concocté le tout en secret depuis l’été dernier. Personne ne s’était échappé, bien que je les côtoie quotidiennement. C’était de recevoir, tout d’un coup, une grosse dose d’affection à laquelle je ne m’attendais pas. J’avais déjà, par le passé, soumis la candidature d’autres personnes qui se sont mérité ces prix. Quelqu’un avait pensé à moi, sans que je le sache!

Durant les heures qui ont suivi, je me disais que ce n’était pas possible, que j’allais me réveiller. Après, ce fût les jours d’introspection, de bilan de carrière de 34 ans. Déjà? Pour moi, c’est comme si j’avais débuté mon parcours professionnel la veille. J’ai encore tant de projets sur la planche, en tête et avec mes collègues, les patients et les proches aidants. Ce prix – Excellence des soins - représente pour moi, une mission accomplie! Je poursuivrai mon intégration de l’excellence des soins dans la pratique, l’enseignement, le mentorat et la recherche. C’est ce qui me caractérise le mieux.

Au CHUM, nous travaillons avec des technologies de pointe. Quels virages doivent prendre les soins infirmiers pour s’adapter à ces nouvelles technologies avec lesquelles les infirmières travaillent sur une base quotidienne? Le cas échéant, est-ce que le virage technologique est déjà bien amorcé?

Au CHUM, le virage technologique est déjà bien amorcé chez les infirmières. Plusieurs embrassent ces changements avec aisance et un vif intérêt. D’autres apprivoisent la technologie avec l’expérience et une curiosité aidante. D’autres enfin, ont besoin de soutien supplémentaire afin de se sentir en confiance pour travailler dans un secteur de technologies de pointe.

Dans une organisation apprenante comme la nôtre, la formation personnalisée et un soutien ajusté aux différentes situations rencontrées par les infirmières constituent des conditions qui facilitent ces transitions du milieu de soins. Les activités de développement professionnel intégrées dans leur temps de travail, le coaching dans l’action et la participation des infirmières aux décisions qui les concernent m’apparaissent des éléments essentiels aux succès de ces transitions.

De leur côté, les infirmières sont aussi les artisanes de leur développement professionnel. Pour ce faire, plusieurs décident de s’appuyer sur différents atouts personnels. Leur sens des responsabilités envers la clientèle desservie par ces technologies, la croyance en l’importance de démontrer des soins humains couplés à la « machine », la curiosité intellectuelle, l’ouverture face aux changements et leur pensée critique peuvent contribuer à l’intégration des technologies dans la pratique.

Le CHUM œuvre autour de 5 valeurs fondamentales : Qualité, Intégrité, Performance, Collaboration et Innovation. Comment réussissez-vous à intégrer ses valeurs dans votre pratique? Avez-vous des exemples?

J’intègre la vision et les valeurs fondamentales du CHUM et du CRCHUM dans ma pratique, car elles sont aussi les miennes au quotidien dans tout ce que j’entreprends ou réalise. Par exemple, je développe une intervention web novatrice pour répondre aux besoins de clientèles éloignées de notre établissement ou à mobilité réduite ou vulnérables.

Dans une perspective fidèle à ces valeurs, je m’assure de bien saisir les besoins, les préoccupations, les préférences et les objectifs des patients et des proches aidants. Je partage ces constats avec les intervenants du milieu de la santé et communautaire et les collaborateurs en logiciel et en art média afin de concevoir et de proposer à la clientèle un plan d’intervention conforme à leurs attentes tout en étant réalisable avec les ressources matérielles, technologiques et financières disponibles.

Suite à ces validations, et avec le partenariat de toutes les parties prenantes, l’intervention web inclut des contenus, des méthodes et des stratégies fondées sur des résultats probants. Elle est structurée d’une façon rigoureuse et logique qui respecte les principes de littératie en santé et d’apprentissage chez les adultes ou les aînés vivant avec une maladie neurologique. Enfin, elle est mise à l’essai et évaluée par la clientèle ciblée afin d’examiner la fonctionnalité, la faisabilité et l’utilité de cette intervention web novatrice.

Plus précisément, de quelle (s) façon (s) s’insère l’innovation dans la pratique infirmière? Avez-vous des exemples concrets?

L’innovation s’insère de différentes façons dans la pratique infirmière. Parfois, l’innovation s’implante pour répondre à un besoin non comblé chez la clientèle, tel un manque de connaissances et des stratégies d’autogestion des répercussions de la maladie. Par exemple, on développe un programme de transition avec des jeunes vivant avec l’épilepsie et leur proche aidant afin de réussir le passage de l’adolescence au monde adulte ainsi que du milieu de soins pédiatrique vers le milieu de soins adulte.

D’autre fois, l’innovation s’établit pour atteindre un résultat de soins escompté, tel la réadaptation précoce suite à un problème de santé aigu. Par exemple l’instauration d’un parcours éducatif, de promotion de la santé et de l’activité physique, dans les corridors d’une unité de soins de neurosciences, destiné aux personnes suite à un AVC et à leurs proches aidants.

Vous enseignez aux futures infirmières et infirmiers à l’Université de Montréal. Quels conseils leur donnez-vous pour leur future pratique? Lorsque vous enseignez, constatez-vous une réelle différence entre votre enseignement d’hier versus celui d’aujourd’hui? Qu’est-ce qui a changé?

Avant de donner un conseil, j’explore tout d’abord la situation de la personne, son contexte, ses besoins et ses attentes. J’écoute, j’observe, je questionne, j’essaie de bien saisir de quelle pratique ou plan de carrière il s’agit. Souvent, les infirmières ou les étudiants n’ont pas besoin de conseil. En mettant en évidence leurs forces, leurs ressources, leur source de motivation et leurs préférences, ils arrivent pour la majorité à trouver leurs solutions et à les prioriser.

Lorsqu’on me demande explicitement un ou des conseils, voici ce que j’ai répondu récemment à un groupe d’infirmières et d’étudiants provenant de différents milieux de soins et académiques lors d’un symposium tenu à l’Université de Montréal en mars dernier:

  • Observez et lisez sur le sujet qui vous passionne ou vous préoccupe;
  • Demandez à rencontrer ou cherchez à rencontrer des personnes clés ou des modèles de rôle qui pourraient vous aider et vous inspirer;
  • Discutez avec ouverture d’esprit avec votre supérieur immédiat, votre directrice, votre gestionnaire, vos collègues, votre famille pour améliorer ou transformer une situation;
  • Réfléchissez à ce que vous voulez vraiment pour vous et ce qui ne vous convient pas;
  • Réalisez que vous avez été heureux/heureuse dans plusieurs cours, fonctions et emplois différents, et que ça pourrait être le cas dans le futur aussi;
  • Tentez votre chance, acceptez que vous puissiez vous tromper et réorientez le cap, au besoin;
  • Faites-vous confiance ainsi que dans les démarches constructives entreprises lors de vos études ou au travail. En prenant du recul, vous serez en mesure d’en dégager une foule d’apprentissages utiles dans diverses circonstances et contextes;
  • Faites confiance à la vie, à ce qu’elle peut vous apporter de meilleur. Elle est pleine d’imprévus et de richesses insoupçonnées à qui sait s’y attarder et les saisir;
  • Restez curieux, ouverts, flexibles face aux changements et en mode apprentissage continu.

Mme Beaudet, vous êtes aussi chercheuse au Carrefour de l’innovation et de l’évaluation en santé. Vos travaux portent principalement sur l’élaboration, l’évaluation et le transfert dans la pratique d’interventions novatrices, notamment en télésanté, conçues avec la collaboration de personnes atteintes d’une maladie neurologique, d’aidants et d’intervenants des milieux de la santé et communautaire. Pouvez-vous nous en dire plus sur vos projets? Quelles possibilités nous offre la télésanté? Que peut-elle nous apporter qui améliorera grandement notre système de santé?

Mes projets de télésanté actuels sont orientés vers les aînés vivant avec la maladie de Parkinson, les jeunes vivant avec l’épilepsie et leur proche aidant. Avec des co-chercheurs, des cliniciens et des collaborateurs technologiques, nous avons développé et évalué deux interventions web novatrices étant destinées à ces clientèles. Les interventions se présentent sous forme de capsules vidéo d’une durée de 15 à 30 minutes avec des thèmes différents en réponse aux besoins exprimés par la clientèle ciblée. Ces sessions en ligne mettent en scène une infirmière, des patients et des proches aidants virtuels qui agissent comme modèles de rôles inspirants. L’infirmière offre un enseignement personnalisé et présente des situations que d’autres personnes ont résolu avec succès. Elle transmet des rétroactions et des renforcements positifs sur la démarche réalisée, les apprentissages faits et les habiletés acquises par la dyade. À partir de la plateforme web, les participants peuvent télécharger des documents et les partager avec leur entourage et leur équipe soignante.  

Les interventions web ou de télésanté offrent toute une gamme de possibilités pour faciliter l’accès à des soins en tout temps et en tout lieu auprès d’un plus vaste public. Elles permettent, entre autres, de faire un suivi à distance, de faire de la consultation et de l’assistance en ligne, de diffuser de l’enseignement et du soutien, de simuler des situations en réalité virtuelle avec une visée thérapeutique ou de formation. Ces interventions de télésanté réduisent également les déplacements, le stress, les coûts et l’empreinte écologique associés au transport. Enfin, elles constituent un service additionnel et complémentaire intégré dans la trajectoire de soins visant à en accroître l’offre et la qualité.  

Comment entrevoyez-vous l’avenir de la profession d’infirmière?

J’entrevois l’avenir de la profession infirmière avec un optimisme réaliste. C’est-à-dire que tous les jours, je côtoie des infirmières chevronnées et de la relève, des infirmières-gestionnaires, enseignantes, spécialisées ou chercheuses qui sont passionnées par les personnes qu’elles accompagnent dans leurs expériences de santé. Plusieurs d’entre elles démontrent une identité professionnelle forte qui s’appuie sur des savoirs scientifiques, expérientiels et éthiques, sur des compétences et une expertise cliniques en vue d’offrir des soins sécuritaires, efficients et de qualité.

Cependant au quotidien, nombre d’infirmières relèvent aussi des défis associés au manque de personnel soignant et de soutien clérical ou administratif et à des impératifs de performance et financiers. Je les vois déterminées, créatives, patientes, résilientes et professionnelles. Je salue et souligne leurs succès réalisés dans la pratique avec souvent si peu de moyens. Il est impérieux de mettre en place des conditions d’attraction et de rétention des infirmières et de préserver un environnement de travail sain. Ce dernier doit tenir compte de la complexité des besoins de la population, de la charge de travail physique et mentale associée, de la nécessité pour les infirmières de conserver un équilibre de vie personnelle et familiale pour accomplir leur rôle essentiel, poursuivre leurs activités de soins et mener une carrière gratifiante. L’essor de la technologie et de l’intelligence artificielle ne peut se substituer à l’apport de soins humains des infirmières auprès de la population. Les infirmières sauront tirer leur épingle du jeu, pourvu que l’on veille à leur santé et à leur sécurité afin qu’en retour elles puissent assurer celles des patients et des proches aidants.