Cancer : l'immunothérapie nouvelle génération

CHUM cancer : l'immunothérapie nouvelle génération

L’équipe de l’UIT; au premier rang, dans l’ordre habituel: Marie Martin, Catherine Péthel, Nathalie Éthier et Vanessa Hertig. Au second rang: Dre Rahima Jamal, Martine Comeau et Xavier Levac.

Stimuler le système immunitaire pour détruire des tumeurs cancéreuses est l’une des pistes thérapeutiques explorées depuis 20 ans. Aujourd’hui, l’immunothérapie est en voie de devenir l’un des piliers du traitement anticancer. Au CHUM, des équipes de recherche développent déjà les traitements personnalisés de demain.

« Pour ces traitements de nouvelle génération, une partie de la solution se trouve déjà dans les tumeurs de nos patientes et patients », dit le Dr Simon Turcotte, chirurgien et chercheur au Centre de recherche du CHUM.

Explications : grâce à des cellules produites par la moelle osseuse, comme les lymphocytes T, le système immunitaire est programmé pour détruire les cellules infectées ou cancéreuses. Il a parfois de la difficulté à ralentir la progression de la maladie, son action sur les cellules cancéreuses étant trop faible ou trop lente.

Pour réveiller les cellules immunitaires situées dans les tumeurs des patientes et patients, et les inviter à redoubler d’ardeur dans leur combat contre la maladie, les médecins peuvent leur «donner un coup de fouet» par l’injection d’immunomodulateurs.

« Cette approche est souvent insuffisante, notamment chez les personnes qui ont de moins bonnes défenses immunitaires, confie le Dr Turcotte. Une autre approche existe: l’immunothérapie par transfusion de cellules immunitaires anticancéreuses. En clair, nous extrayons et sélectionnons en laboratoire les lymphocytes T les plus combatifs à partir de la tumeur de la patiente ou du patient à traiter. Puis, nous produisons une solution enrichie de ces «soldats anticancer» aguerris que nous lui transfuserons. »

L’équipe du Dr Turcotte fait à l’extérieur du corps humain ce que la patiente ou le patient ne peut faire à l’intérieur du sien. Et ce, de façon précise et contrôlée. Experte dans l’identification et la sélection des meilleurs lymphocytes T, l’équipe peut compter sur l’aide essentielle d’un trieur cellulaire à système fermé, installé dans un bloc opératoire.

CHUM Dr. Turcotte, chirurgien et chercher au CRCHUM

Dr Simon Turcotte, chirurgien et chercheur au Centre de recherche du CHUM.

Cet équipement de haute technologie permet de départager très rapidement les lymphocytes T les plus combatifs des autres, tout en garantissant la stérilité des cellules qui seront transfusées et, par le fait même, la sécurité des patientes et patients. En 2018, le CHUM a été le premier établissement au Canada à acquérir un tel appareil. Aujourd’hui, une quinzaine d’exemplaires seulement sont installés dans le monde.

« Nous tentons de développer la thérapie cellulaire de demain pour des patientes et patients qui ne répondent plus aux traitements traditionnels », précise le Dr Turcotte. Les personnes atteintes d’un cancer de la peau devraient ainsi être les premières chez qui cette approche sera testée. D’autres cancers solides, c’est-à-dire ceux dont les tumeurs sont présentes dans les tissus et organes du corps humain, seront visés par la suite.

Accéder à de nouveaux traitements

Pour tester et valider des thérapies aussi complexes que celle du Dr Turcotte, le Centre de recherche du CHUM a mis sur pied l’Unité d’innovations thérapeutiques (UIT), sous l’initiative de la Dre Rahima Jamal, hémato-oncologue au CHUM, spécialisée en recherche clinique et en cancer de la peau.

Dans ce lieu semblable à une unité d’hospitalisation, une équipe chevronnée de 11 personnes (médecins, infirmières et infirmiers, coordonnatrices et coordonnateurs de recherche) mène dans un cadre sécuritaire des études cliniques de phases 1 et 2 nécessitant une surveillance de patientes et patients de quelques heures à plusieurs jours. Avec sa quinzaine de lits, cette infrastructure à la fine pointe de la recherche clinique précoce au Canada a accueilli ses premiers projets en immunothérapie du cancer en mai 2019.

« Par le biais des études cliniques que nous conduisons à l’UIT, nous pouvons notamment offrir des traitements alternatifs ou de nouveaux médicaments à nos patientes et patients qui ne répondent plus aux traitements standards, explique la Dre Jamal. Ces nouvelles approches thérapeutiques leur permettent parfois d’améliorer leur qualité de vie ou de la prolonger. »

Pour attirer les études cliniques les plus prometteuses à l’UIT et permettre aux citoyennes et citoyens québécois d’accéder à des traitements innovants, l’équipe de la Dre Jamal peut s’appuyer sur la réputation internationale des équipes du CHUM et de son centre de recherche, ainsi que sur le pouvoir d’attraction d’infrastructures modernes. Aujourd’hui, la concurrence est mondiale.

Les patientes et patients souhaitant participer à ce type d’études très encadrées devraient en discuter avec leur médecin, qui pourra éventuellement les orienter vers une étude en cours au sein de l’UIT, si leur profil médical correspond aux critères de sélection.

« Il faut se rappeler que tous les traitements efficaces utilisés actuellement en cancérologie ont un jour été étudiés en recherche clinique précoce, de conclure la Dre Jamal. Je veux que nos patientes et patients aient accès aujourd’hui aux traitements de demain. »

Qu’appelle-t-on étude clinique de phase 1 ou 2?

  • Lors d’une étude clinique de phase 1, il s’agit essentiellement de tester et d’évaluer pour la première fois chez l’être humain la toxicité d’un traitement ou d’un médicament. Cette étude porte sur un petit groupe de volontaires, en santé ou malades. À l’UIT, seules des études accueillant des patientes et patients malades auront lieu.
  • Dans une étude clinique de phase 2, l’objectif est de déterminer la tolérance et l’efficacité du traitement ou du médicament chez des volontaires malades.

Visionnez la produite par le CHUM sur l’immunothérapie par transfusion de cellules immunitaires anticancéreuses