La recherche au temps de la pandémie — premier bilan


Les activités de recherche reprennent progressivement au CRCHUM, en phase avec la levée graduelle du confinement dans la communauté métropolitaine de Montréal. Nous restons prudents et attentifs, mais l’espoir renait de pouvoir mener un peu plus normalement nos vies personnelles et professionnelles. Le « nouveau normal » post-COVID-19 sera différent. Bien que la pandémie soit loin d’être vaincue et que de nombreux défis demeurent, il est temps de dresser un premier bilan de l’expérience inédite que nous venons de vivre.

Premier constat : nous avons dû « construire l’avion en plein vol ». Pour mieux nous préparer à la prochaine crise, nous devrons maintenir et rehausser nos infrastructures permettant de travailler avec des agents infectieux, actualiser nos procédures pour réagir promptement à une situation d’urgence sanitaire, et continuer à soutenir la recherche en santé publique.

Second constat, plus positif celui-ci : notre communauté a fait preuve de grandes capacités d’adaptation et de résilience. Comme je l’ai détaillé dans un précédent mot du directeur, de nombreuses équipes ont amorcé en un temps record des projets en lien avec la COVID-19. Nos chercheurs ont été et demeurent à l’avant-garde de la science dans plusieurs domaines pertinents, que ce soit en virologie, en immunologie, en épidémiologie ou en santé publique. Nos équipes de soutien à la recherche et différents comités ont ajusté et accéléré leurs processus pour faire progresser les projets en peu de temps, sans pour autant sacrifier à la rigueur de l’évaluation scientifique, éthique, budgétaire, contractuelle, ou de convenance institutionnelle. Nous devrons conserver et généraliser les façons de faire qui nous ont permis de gagner en efficacité pendant cette crise.

Je tiens à tous vous remercier sincèrement de vous être mobilisé avec autant de diligence et d’énergie pour lutter contre la pandémie et permettre à nos équipes de travailler pendant cette période. Je remercie également la Fondation du CHUM d’avoir déployé beaucoup d’efforts pour financer les projets sur la COVID-19.

Troisième constat : nous ne sommes pas tous égaux face à la crise. Comme le décrit récemment la docteure Estelle Carde, professeure de sociologie à l’Université de Montréal, la crise a amplifié les inégalités de toutes sortes : entre les hommes et les femmes, entre les groupes ethniques, entre les classes sociales, entre les âges, etc. Une analyse préliminaire montre que les femmes ont publié moins d’articles sur les serveurs de prépublication et entrepris moins de nouveaux projets pendant la crise. Finalement, la généralisation du télétravail défavorise ceux qui ont des obligations familiales ou qui n’ont simplement pas à leur domicile des conditions adéquates pour travailler.

Dans les semaines qui viennent, nous initierons une réflexion sur les changements que nous devrons apporter à nos pratiques et à nos conditions de travail pour relever les nombreux défis que pose la pérennisation, pour plusieurs d’entre nous, du travail à distance.

Parlant d’inégalités, les évènements récents aux États-Unis nous ont rappelé l’existence d’une réalité douloureuse, ancienne et sombre : celle du racisme systémique. Cette réalité est présente partout. Notre communauté de recherche est, par essence, multiculturelle et multiethnique. L’équité, la diversité, et l’inclusion (EDI) sont des valeurs fortes de notre monde universitaire. Le CRCHUM s’engage à les défendre avec force. Un comité EDI, piloté par Kathy Lê et incluant des représentants de nos différents secteurs d’activités, est en cours de constitution et aura pour mandat de définir, dans les mois qui viennent, des objectifs, des recommandations et un plan d’action EDI pour le CRCHUM.

La journée scientifique 2020 du CRCHUM se tiendra en mode virtuel. La date retenue est le 12 novembre, et notre conférencier d’honneur sera Sir Peter J. Ratcliffe, professeur de médecine à l’Université Oxford et co-lauréat du prix Nobel de physiologie ou médecine 2019 pour ses travaux sur les mécanismes d’adaptation cellulaire aux variations de l’apport d’oxygène. Nous définirons au cours de l’été les modalités de cet évènement virtuel et vous en tiendrons informés.

Enfin, je termine par une très bonne nouvelle. Comme vous le savez, le Fonds de recherche du Québec – Santé a attribué à notre centre, à la suite de la visite du comité d’évaluation en février dernier, la note globale de 95/100 et la cote « Exceptionnelle ». C’est un grand succès collectif qui illustre la compétitivité et l’excellence de toutes nos équipes. Un immense bravo à tous!

Je vous souhaite à toutes et à tous un bel été, qui sera certes différent, mais nous donnera peut-être l’occasion d’explorer notre belle province!

 

Vincent Poitout
Directeur du CRCHUM