Cancer du poumon : une chirurgie moins invasive pour un rétablissement plus rapide

L'équipe du Dr Moishe Liberman ouvre la voie à la généralisation de cette opération

Chaque jour, 78 Canadiens reçoivent un diagnostic de cancer du poumon, forme de cancer la plus meurtrière au pays. Certains d’entre eux subiront une ablation d’un lobe du poumon par thoracotomie, opération chirurgicale usuelle, mais risquée qui nécessite des mois de récupération. Une technique chirurgicale moins invasive et plus sûre existe pourtant et pourrait être généralisée.

Dans une vaste étude clinique internationale présentée lors du 99e congrès de l’American Association for Thoracic Surgery, l’équipe du Dr  Moishe Liberman, chirurgien thoracique et chercheur au Centre de recherche du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CRCHUM), démontre que la lobectomie par thoracoscopie — une chirurgie thoracique assistée par vidéo (CTAV) — combinée au scellement de l’artère pulmonaire par ultrasons, diminue les risques d’hémorragies, les complications et les douleurs postopératoires.

À la différence d’une chirurgie par thoracotomie où le thorax du patient est incisé sur 25 centimètres et les côtes cassées, la CTAV requiert des petites incisions. La minicaméra vidéo est introduite par l’une des incisions. Dans les deux types d’interventions chirurgicales, il y a des risques d’hémorragie, car les branches des artères pulmonaires sont très minces et fragiles.

 « Grâce à cet essai clinique mené dans des hôpitaux canadiens, américains et britanniques, nous montrons qu’il est tout à fait possible de sceller en toute sécurité des vaisseaux sanguins de moins de sept millimètres grâce au scellement par ultrasons et de maîtriser efficacement d’éventuelles hémorragies lors d’une CTAV », explique le Dr Liberman, professeur agrégé de chirurgie à l’Université de Montréal.

Actuellement, seuls 15 % des lobectomies effectuées dans le monde le sont par CTAV, notamment en raison des risques hémorragiques réels ou perçus par les chirurgiens. « J’espère vraiment que notre démonstration clinique rassurera les chirurgiens sur la faisabilité technique de cette opération et les incitera à l’adopter. Un grand nombre de patients pourraient en profiter et seraient plus vite remis sur pied », indique le Dr Liberman.

Quand le chirurgien joue du pistolet
Après cinq ans de recherches précliniques au CRCHUM, d’essais sur les animaux et des essais cliniques de phase 1 et 2 démontrant la sécurité de l’intervention chirurgicale, l’équipe du Dr Liberman conclut son important essai clinique de phase 2 lancé en 2016.

Elle a pu évaluer l’efficacité de sa nouvelle technique auprès de 150 patients répartis dans huit hôpitaux du Canada, des États-Unis et du Royaume-Uni. 139 d’entre eux ont subi une lobectomie, et les 11 autres une segmentectomie (ablation d’une petite partie du poumon).

Un total de 424 branches d’artères pulmonaires ont été scellées lors de l’étude : 181 avec des agrafeuses chirurgicales, 4 avec des clips endoscopiques et 239 grâce au pistolet HARMONIC ACE® +7 Shears, conçu par l’entreprise Ethicon (Johnson & Johnson). Doté d’une petite pince de trois millimètres de large à son extrémité, ce « pistolet » de haute technologie permet de sceller les vaisseaux sanguins en envoyant des ultrasons par échographie.

Selon l’Organisation mondiale de la santé, le cancer du poumon tue chaque année près de 1,69 million de personnes dans le monde.