Avec The Brain Diaries, Stephanie Coronado-Montoya lutte sur Instagram contre les fausses informations sur la consommation de substances et la santé mentale


Avez-vous déjà erré sur les réseaux sociaux à la recherche d’informations fiables sur la santé et le cannabis? D’étonnantes (et fausses) allégations de santé y pullulent. Par exemple, le cannabidiol, connu sous le nom de CBD, est souvent présenté comme le remède universel pour tout problème de sommeil, d’anxiété ou de dépression. Mais la science n’est pas de cet avis.

Pour remettre les pendules à l’heure, Stephanie Coronado-Montoya, doctorante au sein du laboratoire du Dr Didier Jutras-Aswad situé au centre de recherche du CHUM, a décidé de faire entendre sa voix, un message à la fois, par le biais de son compte Instagram à saveur scientifique, The Brain Diaries.

Elle y publie régulièrement des informations vulgarisées pour le grand public sur la consommation de substances et la santé mentale, sur son parcours de chercheuse doctorante et sur sa vie de femme scientifique hispanique.

La jeune chercheuse a récemment reçu une bourse de 5 000 $ du Fonds de recherche du Québec lors du concours Dialogue, une initiative visant à encourager les scientifiques à communiquer et à interagir avec le grand public.
 

Q. Comment vous est venue l’idée de The Brain Diaries?

R. J’ai étudié pendant des années la psychologie et la psychiatrie, et j’ai toujours aimé partager les connaissances que j’avais avec les gens qui m’entourent.

Lorsque je me suis spécialisée dans la recherche sur le cannabis, j’ai remarqué, à travers les conversations que j’avais avec mon entourage, qu’il y avait de grands écarts de connaissances entre ce que je savais en tant que chercheuse et ce que les gens savaient par ce qu’ils avaient entendu ou lu.

Je voulais trouver une plateforme qui me permette de partager mes connaissances plus largement afin d’informer le public et de l’outiller pour être plus critique face aux allégations de santé. Des proches m’ont poussé à ouvrir des comptes Instagram et TikTok.

Même si je n’aime pas être sous les feux de la rampe, j’entrevoyais le potentiel de diffusion des médias sociaux. J’ai donc décidé de me lancer.

Q. Craignez-vous que la désinformation croissante sur le cannabis partagée sur les médias sociaux génère des problèmes de santé publique?

R. Oui, absolument. Depuis que le cannabis à usage thérapeutique et récréatif a été légalisé au Canada et dans certains États des États-Unis, la désinformation sur la consommation de substances est en hausse.

Je me souviens être allée dans le centre-ville de Miami, où le CBD n’est pas interdit. J’y ai vu de nombreux magasins faire la promotion de frappés aux fruits pour faciliter la relaxation et lutter contre l’anxiété.

Je pense que cela devient un vrai problème de santé publique lorsque certains font la promotion de bienfaits supposés, mais non prouvés, auprès de personnes plus vulnérables, comme celles souffrant de troubles psychotiques ou neurologiques. La désinformation peut s’avérer très dangereuse.

C’est pourquoi j’ai commencé à publier sur Instagram. La nécessité d’y offrir de l’information factuelle et basée sur la science me paraissait plus importante que mon aversion pour les égoportraits.

En tant que scientifique, je pense que nous devons faire entendre notre voix pour contrer cette désinformation.

Q. En tant que scientifique, qu’aimeriez-vous accomplir en faisant entendre votre voix sur Instagram?

R. Ma priorité absolue est de transmettre au plus grand nombre de personnes possible des informations utiles sur la santé, et de les armer de connaissances qui peuvent les aider dans leur vie quotidienne.

Au-delà de cet aspect, je veux aussi présenter le processus de recherche, car je pense qu’il y a encore un grand fossé entre les scientifiques et le grand public.

Peut-être que si les gens comprenaient mieux ce processus scientifique, ils accorderaient plus de valeur aux informations fondées sur la science.

Q. En partageant votre histoire de femme scientifique hispanique, pensez-vous pouvoir inspirer d’autres personnes issues de la diversité à raconter leur expérience?

R. J’ai grandi en Floride en tant que jeune hispanique. Je ne connaissais pas beaucoup de personnes issues des minorités ou même de femmes travaillant dans le domaine scientifique.

Pour les enfants, les adolescents ou les jeunes adultes, il est certain que d’être confronté à des modèles, plus proches de leurs réalités socioculturelles, peut les aider à s’imaginer dans des postes similaires.

Si je peux contribuer à cette diversité, j’en serais heureuse. Accroître la visibilité des minorités et des femmes est quelque chose qui me tient à cœur.

Au travers de ma plateforme, j’aimerais que les gens puissent découvrir les mille et un visages de la science et de la recherche, et ouvrir leurs esprits à d’autres perspectives. Par exemple, une scientifique peut aussi être mère ou une Hispanique dans une université francophone du Canada.

Je pense qu’il est important d’accroître la visibilité de la diversité.

Au centre de recherche du CHUM, par exemple, j’ai la chance de voir et de croiser cette diversité chaque jour, et c’est merveilleux. Mais d’autres personnes travaillant dans des domaines différents ne la voient pas.

J’espère que mon compte Instagram contribuera à promouvoir non seulement la science et la recherche, mais aussi à diversifier la représentation des scientifiques dans la société.

Q. Avez-vous un message pour les scientifiques qui hésitent à s’engager dans la communication scientifique en ligne?

R. Je les encourage à le faire, même si cela les pousse à sortir de leur zone de confort.

Sur les réseaux sociaux, il y a tellement de gens qui n’ont pas nécessairement la formation ou l’expertise pour aborder des questions de santé, mais qui le font quand même. C’est de là que vient la désinformation.

Nous avons besoin que davantage de scientifiques participent à la conversation, viennent débattre et présentent leurs recherches en termes compréhensibles pour le grand public.

N’ayez pas peur de la concurrence. Selon moi, il n’y a tout simplement pas assez de personnes qui présentent des faits scientifiques au grand public sur des sujets de santé aussi importants.
 

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