Une journée dans la vie de Isabelle Payot, gériatre au CHUM

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21 Juillet 2017

Dre Isabelle Payot est l’une des dix médecins gériatres du CHUM. Elle nous parle de son travail au quotidien et des défis sur le terrain.

Dre Payot, qu’est-ce qu’un gériatre? 

I.P. Le gériatre est un médecin spécialisé dans les soins à la personne âgée. Il œuvre au sein d’une équipe interdisciplinaire, dont il est le « chef d’orchestre », regroupant d’autres professionnels de la santé : physiothérapeutes, nutritionnistes, ergothérapeutes et infirmières. Le rôle du gériatre est de voir la personne âgée dans sa globalité et de mettre en place les actions nécessaires pour maintenir et augmenter son niveau d’autonomie. Comme nos patients sont âgés, fragiles et parfois issus d’un contexte psychosocial particulier, notre but est qu’ils puissent retourner à la maison dans les meilleures conditions.

Quel est votre parcours personnel et quelle est la formation nécessaire pour devenir gériatre?

I.P. J’ai effectué mes études en médecine en Suisse à l’Université de Genève. Après mes trois ans en médecine interne, je me suis intéressée à la gériatrie. Comme il n’existait pas de formation en gériatrie en Suisse, je suis venue faire ma spécialité à l’Université McGill, plus une année de surspécialisation en «  troubles de mémoire » à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal. Comme il y avait une pénurie de médecins gériatres au Québec, on m’a proposé un poste au CHUM en 2007.

Quels sont les domaines de surspécialisation en gériatrie?

I.P. Toutes les spécialités et surspécialités peuvent se décliner en gériatrie : les problèmes de mémoire, l’oncogériatrie (c.-à-d. l’évaluation des personnes âgées qui souffrent de problèmes oncologiques), la cardio-gériatrie, etc. Nous pouvons voir, dans une même journée, des patients qui chutent à cause d’une pneumonie, des patients qui se font opérer pour un problème orthopédique ou cardiologique et des patients atteints de délirium (ou état confusionnel aigu) causé par une infection urinaire. 

Quels sont les défis dans le cadre de vos fonctions?

I.P. Encore aujourd’hui, le travail du gériatre est méconnu. On confond souvent notre rôle avec celui des travailleurs sociaux ou des physiothérapeutes. Notre travail ne consiste pas à voir tous les patients qui ont plus de 75 ans, mais plutôt ceux qui peuvent bénéficier de notre expertise pour améliorer leur état de santé. Nous sommes parfois sollicités pour des patients qui ont des problèmes médicaux chroniques stables, comme le diabète par exemple, sans potentiel d’amélioration. Il y a donc un travail d’éducation à faire auprès de la population et de l’ensemble des professionnels de la santé sur le rôle du gériatre. 

Quelles sont les qualités nécessaires pour être gériatre?

I.P. Nous rencontrons la plupart du temps des patients qui sont fragiles, confus ou qui ont des problèmes de mémoire. Nous devons donc être très patients, flexibles et avoir une bonne dose d’optimisme. Comme chaque première consultation est d’une durée de 1 h 30, nous avons l’occasion d’établir un lien de confiance avec le patient et de recueillir l’information nécessaire pour émettre un diagnostic. De plus, nous agissons parfois comme des détectives en accomplissant un travail d’enquête minutieux auprès de la famille du patient et des professionnels de la santé.  

Qu’est-ce qui vous rend la plus heureuse ou la plus fière dans votre travail?

I.P. L’histoire de vie des patients, ce qu’ils finissent par nous raconter, n’a pas de prix. Nous sommes souvent témoins des traces qu’ils laissent à l’histoire de Montréal. C’est à la fois fabuleux et émouvant. Ce qui me rend particulièrement fière, c’est de voir l’évolution de l’état de santé du patient qui rentre en tenue d’hôpital, sous oxygène, avec des cathéters, puis se remet sur pied et rentre, la plupart du temps, à la maison.

*** Cette entrevue a été publiée dans le CHUMAGAZINE Volume 8 - Numéro 2 - Printemps-été 2017