Le dialogue des organes

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26 Juillet 2017

Les chercheuses Marie-Josée Hébert et Mélanie Dieudé ont reçu le Prix d'excellence – Contribution scientifique de l’année 2016 du Centre de recherche du CHUM, pour une découverte ayant le potentiel de révolutionner les transplantations d'organes. Avec la collaboration du Programme national de recherche en transplantation du Canada, elles ont percé l’un des mystères du rejet des organes greffés.

Comprendre la maladie du greffon ou le rejet des organes greffés 

Avant une greffe d'organe, les médecins vérifient la compatibilité entre le donneur et le receveur. Malgré ces précautions, environ une greffe d'organe sur dix se solde par un rejet. Ensemble, les deux chercheuses du CRCHUM ont découvert une nouvelle structure cellulaire responsable des rejets jusqu'alors inexpliqués après une greffe d'organe.

« Nous avons trouvé le mécanisme qui fait en sorte qu'une personne réagit contre des composantes de ses propres vaisseaux sanguins avant même de recevoir une greffe d'organe. Nous avons également identifié un médicament capable de prévenir ce type de rejet », résume la Dre Marie-Josée Hébert, néphrologue spécialisée en transplantation et chercheuse au CRCHUM. 

Des signaux de détresse envoyés par l’organe greffé

Ce que les chercheuses ont découvert de capital, c’est que le rejet n’est pas seulement attribuable à la réaction du système immunitaire du receveur, mais aussi à l’organe transplanté du donneur. Inquiet de son état, celui-ci envoie des signaux détresse, sous forme de petites vésicules, au système immunitaire du donneur. C’est donc ce dialogue qui s’établit entre l’organe transplanté et le système immunitaire du receveur qui va décider s’il y aura rejet ou non. « Normalement, c’est un bon réflexe d’envoyer ce message de détresse, mais dans le cas d’une greffe, c’est dommageable, » explique la chercheuse Mélanie Dieudé.

Cette découverte publiée en décembre 2015 dans Science Translational Medicine pourrait un jour révolutionner la pratique en transplantation, en modifiant l'évaluation des risques de rejet chez les personnes qui reçoivent une greffe de cœur, de poumon, de rein ou de foie. 

Avec des collaborateurs de partout au pays, les chercheuses poursuivent leurs travaux afin d’évaluer la présence des vésicules chez les donneurs et les receveurs d’organes. Éventuellement, on pourrait imaginer traiter les organes qui relâchent ces vésicules – et donc ces signaux d’alarme – pour les calmer et ainsi assurer un meilleur succès des greffes d’organes. La science de la transplantation fait des pas de géant, créant un nouvel espoir pour les patients greffés.

La rencontre de deux univers

Marie-Josée Hébert est médecin, néphrologue et spécialiste des transplantations rénales. Elle est aussi chercheuse au CHUM et codirectrice du Programme national de recherche en transplantation du Canada, en plus d’occuper la fonction de vice-rectrice à la recherche, à la découverte, à la création et à l’innovation à l’Université de Montréal. Mélanie Dieudé pour sa part, détient une formation de premier cycle en immunologie, une maîtrise en endocrinologie et un doctorat en sciences biomédicales sur les maladies auto-immunes. Elle est également directrice de l’intégration scientifique au Programme national de recherche en transplantation du Canada. 

Lorsque les deux chercheuses se sont rencontrées il y a 16 ans, ce fut un match parfait. Selon elles, c’est la rencontre de leurs deux univers et la collaboration interdisciplinaire qui a permis ce regard neuf et fait surgir cette découverte. « Pour s’attaquer à des problèmes complexes et arriver à des découvertes, il faut avoir l’audace de travailler en équipe », conclue Marie-Josée Hébert.