Enseigner et travailler avec des Y et des Z, faut-il revoir toutes nos stratégies?

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14 Mars 2018

« Chaque génération se croit plus intelligente que la précédente et plus sage que la suivante » - George Orwell, auteur.

Un phénomène nouveau se manifeste dans certains milieux de travail québécois. Cinq générations s’y côtoient pour la première fois: la génération silencieuse, les baby-boomers, les X, les Y et, plus récemment, la génération Z. Cette diversité, expliquée notamment par une espérance de vie plus grande, suscite passions et discussions au sein de notre société.

C’est avec ce même engouement que près d’une centaine de personnes ont pris part à la deuxième conférence de la DEAC, intitulée «Enseigner et travailler avec des Y et des Z, faut-il revoir toutes nos stratégies» et présentée par Nathalie Nadon, conseillère en développement à la Direction de l’enseignement et de l’Académie CHUM (DEAC), le 27 février 2018 à l’amphithéâtre du CRCHUM.

D’entrée de jeu, Nathalie Nadon a mis l’accent sur les particularités des besoins, des valeurs et de la vision du travail propres à chaque génération. Elle a suggéré plusieurs pistes de solution pour adapter les méthodes d’enseignement et de travail aux jeunes générations, de plus en plus présentes dans notre organisation.

« L’enseignement des Y et des Z est dispensé par les X et les baby-boomers qui n’ont ni appris de la même façon ni eu accès aux mêmes technologies d’apprentissage, a observé Mme Nadon. Ces derniers occupent des postes stratégiques dans les organisations et sont en position d’autorité. Leur message doit donc être adapté à l’ensemble des générations qui composent les équipes de travail ».

PORTRAIT DE LA DIVERSITÉ DES GÉNÉRATIONS

La génération silencieuse (1922-1945)

La génération silencieuse a connu les impacts de la Seconde Guerre mondiale et a été témoin du sacrifice des hommes pour leur pays. Ils ont évolué dans un monde où la religion occupait une grande place et où les familles comptaient plusieurs enfants.

Les professionnels de la santé de cette génération voient souvent leur carrière comme une vocation et sont peu revendicateurs. Il s’agit d’une génération loyale envers l’employeur qui valorise le respect, le décorum.

Les baby-boomers (1946-1964)

Dès leur adolescence, les baby-boomers ont vécu une période de grands bouleversements historiques à l’image de la Révolution tranquille (1960-1970), dont ils ont été acteurs sociaux importants. Ils ont grandi dans des conditions prospères de l’après-guerre et ont bâti des institutions considérables du Québec.

Sur le plan professionnel, les baby-boomers sont reconnus comme des bourreaux de travail. Ils doivent réussir leur vie et cela passe par leur carrière. Longtemps majoritaires (plus de 36% en 2009), ils se préparent à la retraite et ne seront plus que 8% en 2025 selon les prévisions.

La génération X (1965-1976)

Contrairement à la génération précédente, la génération X, qualifiée de « génération sacrifiée », arrive sur le marché du travail en pleine crise économique.

Témoins proches de l’éclatement du modèle familial, les travailleurs de la génération X sont plus autonomes et ont une plus grande facilité avec le changement et la communication que la génération précédente, cherchant à trouver le juste équilibre entre leur vie personnelle et professionnelle.

Les générations Y (1977-1994) et Z (1995-2009)

Surnommée la «why generation» pour ses nombreuses remises en question, la génération Y est constituée majoritairement d’enfants ou de petits-enfants des baby-boomers. Ces derniers ont grandi avec l’arrivée d’Internet et le développement des technologies numériques. Sur le plan professionnel, les «Y» recherchent une certaine flexibilité au travail et réclament plus de rétroaction de leur employeur.

La génération Z est née avec le Web et baigne pleinement dans l’ère du numérique. Elle utilise les différentes technologies comme outils de communication et d’apprentissage, alors qu’Internet et les réseaux sociaux sont leurs sources d’information.

Sur le plan professionnel, les « Z » privilégient le travail collaboratif et les échanges et n’hésitent pas à émettre leur opinion et à mettre leur créativité à l’œuvre.

DES PISTES DE SOLUTIONS

Les jeunes générations apportent un regard nouveau sur les défis rencontrés au niveau de la santé. Elles contribueront, par exemple, à développer le potentiel de technologies nouvelles comme la réalité virtuelle. L’apport des générations qui les précédent reste néanmoins important. « Les plus expérimentés apportent un regard qui permet de saisir le portrait global d’une situation. Ils peuvent enseigner aux plus jeunes l’organisation du travail et partager leur expérience et leur vécu », a précisé Mme Nadon.

Ainsi, il est primordial d’adapter varier les stratégies pédagogiques aux apprenants, peu importe la génération, sollicitant leur créativité et leurs innovations. « Les jeunes sont maintenant habitués à participer à la prise de décisions avec leurs parents. Ils attendent la même chose de leurs employeurs et aimeraient se faire “challenger” davantage. À nous donc d’instaurer un climat propice à leur épanouissement, car n’oublions pas qu’après tout, nous enseignons à la génération qui va nous soigner! », a conclu Nathalie Nadon.

Pour visionner la conférence >>>